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Les années 30 sont de retour - C. Askolovitch, P. Blanchard, R. Dély, Y. Gastaut

Co-écrite à 8 mains, cette “Petite leçon d’histoire pour comprendre les crises du présent” ne vous laissera pas indifférent : alors que la défiance envers les classes dirigeantes se durcit et que les peurs s’installent, il appartient à chacun de se saisir de la question. Mais ainsi que le suggère le titre de l’ouvrage, les années 30 sont-elles vraiment de retour ? En quoi cette analogie entre les crises des années 30 et celle que vit aujourd’hui notre société peut-elle stimuler notre vigilance et questionner nos façons de penser ?  Les auteurs s’en défendent, ils ne cèdent pas au “démon de l’analogie” (Robert Bloch) et ne cherchent pas à jouer les Cassandre. Mais lorsque le passé interpelle le présent, “éclairer l’obscurité contemporaine à la lumière d’une étoile morte” (p.8) peut permettre une meilleure compréhension de notre actualité. Aussi, Les années 30 sont de retour est-il le résultat d’indéniables confrontations et compromis entre les 2 journalistes et les 2 historiens. Que cela fonctionne ou pas, à vous de vous faire votre propre idée….

Si je vous ai convaincu de lire cet ouvrage, vous pouvez le commander sur Amazon via le lien suivant : Les années 30 sont de retour: Petite leçon d'histoire pour comprendre les crises du présent

  • Titre : Les années 30 sont de retour
  • Sous-titre : Petite leçon d’histoire pour comprendre les crises du présent
  • Auteur : Claude Askolovitch, Pascal Blanchard, Renaud Dély, Yvan Gastaut
  • Éditeur : Flammarion
  • Date de parution : Octobre 2014
  • Nombre de pages : 352 p.
  • ISBN : 978-2-0813-4645-1
  • Couverture : © Jean Jullien (Création Studio Flammarion)

Fuck America, les aveux de Bronsky - Edgar Hilsenrath

Comme un pied de nez à l'Amérique et au consul général qui a refusé d'accueillir sa famille aux États-Unis en 1938, Jakob Bronsky émigré juif à New York, raconte dans ces aveux au titre évocateur Fuck America, la genèse et le succès de son roman Le Branleur. Cette histoire qui n'est autre que celle de l'écriture du premier roman Nuit d'Edgar Hilsenrath, est largement autobiographique : petits boulots, combines et système D, tel est dans les années 1950, le lot de nombreux immigrés européens aux États-Unis. A sa façon, Jakob Bronsky ressemble à ces anti-héros attachants à l'instar de Henry Chinasky, alter ego insoumis du génial Charles Buckowski. Et leur récits aussi drôles et loufoques que provocateurs, laissent à penser que malgré les méchantes désillusions du rêve américain, restent encore quelques irréductibles esprits frondeurs qui rappellent avec une délicieuse ironie que l'identité américaine est incontestablement cousue d'histoires d'immigrés...

Les aveux de Jakob Bronsky, un doigt d'honneur levé vers le pays de la liberté

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces aveux de Jakob Bronsky qui accusent la politique d'immigration et les conditions d'accueil honteuses des immigrés aux États-Unis, n'ont pas empêché les éditeurs américains de faire connaître en avant-première les œuvres d'Edgar Hilsenrath. Et, cela mérite d'être souligné, les livres du romancier ont attendu des années avant de pouvoir être lus en Allemagne. D'ailleurs, bien que ce soit grâce aux éditeurs américains que ses œuvres aient été portés à la connaissance du grand public, Edgar Hilsenrath - autrement dit Jakob Bronsky si l'on se réfère à Fuck America en particulier - préfèrera malgré tout rentrer en Allemagne "Surtout pour la langue" mais aussi comme il le souligne avec philosophie "Pour voir si les allemands arrivent à changer" (p. 275).

L'écriture d'Edgar Hilsenrath, un style narratif reconnaissable entre tous

De la même façon que pour Le nazi et le barbier, Hilsenrath voue un intérêt certain pour le genre épistolaire. En témoignent les nombreux dialogues et correspondances qui ponctuent le texte. Et si l'auteur opte finalement pour un style narratif plus classique pour dérouler l'intrigue de ses romans, on y retrouve omniprésente une puissance des mots souvent amenées par le style direct des dialogues nombreux et incisifs mais également par un style télégraphique fréquemment signifié dans le corps du texte par des typographies de dépêches journalistiques. En ce sens, le style d'Edgar Hilsenrath est reconnaissable entre tous mais pas seulement : son verbe cru et son humour noir ou décalé (selon les avis) servent des propos acides sur des sujets brûlants qu'on a peu l'habitude d'aborder sous cet angle. Raison de plus pour vous atteler sans attendre à la lecture des livres d'Edgar Hilsenrath, un auteur à découvrir absolument...


Enfin, comme toujours, si vous souhaitez vous procurer ce livre, notez qu'il est disponible sur Amazon via le lien suivant : Fuck America : Les aveux de Bronsky.

  • Titre : Fuck America
  • Sous-titre : Les aveux de Bronsky
  • Titre original : Fuck America, Bronsky Geständnis
  • Auteur : Edgar Hilsenrath
  • Traducteur : Jörg Stickan
  • Éditeur : Points
  • Date de parution : Mars 2010 (traduction française chez Attila)
  • Nombre de pages : 279 p.
  • ISBN : 978-2-7578-1802-2
  • Couverture :  © Henning Wagenbreth

Le nazi et le barbier - Edgar Hilsenrath

A votre avis, qui de Max Schultz ou d'Itzig Finkelstein est le nazi ou le barbier ? L'un est juif, l'autre allemand. L'un est blond aux yeux bleus et au nez droit, l'autre a le nez crochu et des yeux de grenouille. Tous deux sont amis et apprentis-coiffeurs au salon de L'Homme moderne jusqu'en 1933, date de l'accession au pouvoir de Hitler. Des deux compères alors complices comme deux frères, un seul survivra à l’holocauste... Ce sinopsis évoque un scénario somme toute assez classique. D'ailleurs, certains se surprendraient même à penser : "Encore une horrible histoire de nazis !" Et pourtant, aussi fictif qu'il soit, ce roman écrit par Edgar Hilsenrath, survivant des ghettos juifs d'Ukraine, a suscité bien de polémiques à sa sortie en 1968-1969. Qualifiée de pornographique, cette violente satire du nazisme a été boudée par les éditeurs allemands jusqu'en 1977 ! Ce sont les éditeurs américains qui les premiers, ont révélé au monde la verve sans pareille d'Edgar Hilsenrath. Bien leur en a pris, pourrons-nous affirmer : nous serions sans quoi passés à côté d'une plume aussi truculente qu'imaginative...

Le nazi et le barbier ou l'histoire invraisemblable d'un bourreau qui tuait en ricanant...

Tout, dans ce roman satirique tend aux extrêmes : entre blasphème et ironie, peu d'auteurs (juifs en l'occurrence) avaient osé le registre de l'humour noir pour évoquer la Shoah. Avec ce titre, au diable le politically correct et à bas le pathos ! Edgar Hilsenrath dans une langue crue et sans tabous offre une lecture parfaitement grinçante. Le récit est déjanté, cocasse et a le mérite d'aborder différemment le thème de l'antisémisme. Point de rancœurs ou d'amertume, Le nazi et le barbier distrait le lecteur des témoignages larmoyants comme le poignant Si c'est un homme de Primo Levi. Il se distingue également d'autres récits de bourreaux de l'Holocauste comme le terrible La mort est mon métier de Robert Merle. Ainsi que le souligne Jörg Stickan en postface : "Brisant un tabou, Edgar Hilsenrath s'est permis d'écrire l'histoire d'un bourreau qui tuait en ricanant. A sa manière, avec un humour féroce et une langue ébouriffante, Sûr, le nazi et le barbier, ce n'est pas de la littérature pour couilles molles". (p. 478). En effet, Le nazi et le barbier ne relève pas d'une littérature pour couilles molles. Au contraire, il y est question d'assumer des choix, aussi extrêmes, absurdes ou invraisemblables qu'ils puissent être. Alors oui, ça dérange, ça met mal à l'aise, mais ça rappelle qu'il est parfois bon d'être brusqués... Lisons-donc Edgar Hilsenrath et laissons-nous emporter par cette voix joyeusement subversive...

Pour vous procurer l'édition chroniquée de l'ouvrage (aux éditions Attila), rendez-vous sur Amazon à l'adresse suivante : Le Nazi et le Barbier.

Si vous préférez le format poche, notez que le roman est également disponible chez Points sur Amazon via le lien suivant : Le nazi et le barbier.

  • Titre : Le nazi et le barbier
  • Sous original : Der Nazi und der Friseur
  • Auteur : Edgar Hilsenrath
  • Traducteur : Jörg Stickan & Sacha Zilberfarb
  • Éditeur : Attila
  • Date de parution : Printemps 2010
  • Nombre de pages : 506 p.
  • ISBN : 978-2-917084-17-5
  • Couverture :  © Henning Wagenbreth

La vraie vie : appel à la corruption de la jeunesse - Alain Badiou

Ainsi que l'indique Alain Badiou en note terminale de l'ouvrage, l'idée de ce livre qui repose sur différentes conférences qu'il a donné, est "d'ouvrir entre la jeunesse contemporaine et la philosophie, une discussion sur ce qu'est la vraie vie, d'abord en général, puis selon qu'on est un garçon ou une fille" (p. 117). Mais qu'appelle t-on la "vraie vie" au sens du philosophe ? Une vie qui laisse derrière l'argent, les plaisirs et le pouvoir. Une vie fondée sur des valeurs déconnectées de la puissance de marché. Et ce qu'entend plus précisément Socrate par la corruption de la jeunesse, revient à montrer aux jeunes que la course à l'argent et au pouvoir comme précepte de vie à des fins de satisfaire des pulsions immédiates, ne vaut pas le désintéressement qui ouvre la voie à cette vraie vie. Conscient que l'obstacle principal à ce désintéressement réside dans la passion (souvent inhérente aux jeunes), Alain Badiou convient que l'absence d'initiation de nos sociétés modernes conduit à la fois au culte d'une jeunesse infinie et à une puérilisation de l'adulte, tous deux étant synonymes de désorientation. Aussi, son appel à la corruption de la jeunesse se veut-il le symbole d'un acte militant ayant pour objectif la réconciliation des jeunes et des vieux au bénéfice de la vraie vie... 

Telle une image d'Épinal à laquelle on aimerait s'abandonner, cet appel opportun à la corruption de la jeunesse d'Alain Badiou, laisse songeur : si je soutiens la démarche de l'auteur et que je rejoins son avis notamment sur les principales idées de sa conférence sur ce qu'est "Être jeune aujourd'hui", je reste en revanche sceptique concernant ses exposés sur le devenir contemporain des garçons et particulièrement sur celui des filles... Ne faisant toutefois pas partie des jeunes, ni d'ailleurs des vieux qu'Alain Badiou souhaite rallier à sa cause militante, je serais curieuse d'avoir l'avis des principaux intéressés. C'est donc avec un sincère plaisir que je relaie cet appel à la corruption... A vous lire...

Pour finir, je voudrais encore remercier les Éditions Fayard et NetGalley pour la découverte de ce titre dont je recommande évidemment la lecture aux jeunes mais aussi aux autres...





  • Titre : La vraie vie
  • Sous-titre : Appel à la corruption de la jeunesse
  • Auteur : Alain Badiou
  • Éditeur : Fayard
  • Collection : Ouvertures
  • Date de parution : Janvier 2016
  • Nombre de pages : 117 p.
  • ISBN : 978-2-213-40077-1
  • Photo de couverture :  © Librairie Arthème Fayard, 2016